La Planète des Songes

Dans les lignes du papier peint.

Dans les lignes du papier peint se dessinent des formes bizarres. L’obscurité et la fatigue d’une longue nuit d’insomnie sont propices aux rêves et aux cauchemars. Les peurs tapies tout au fond de notre tête se réveillent alors que le sommeil nous fuit. L’angoisse se distille dans tout l’être. Des images fantomatiques apparaissent à travers nos yeux embrumés. Des embryons de souvenirs resurgissent, mêlés les uns aux autres.
Une chaussure, ou plutôt deux, des grands pieds se tiennent sous mes yeux. Je lève la tête et je vois un “grand” avec un couteau dans les mains. J’ai six ans. J’ai peur. Je fuis. Je cours, mais il me poursuit.
Un couteau encore. Il est dans les mains de “Rollanger”, un “ami” de la famille. Il est saoul. Il veut me les couper. J’ai peur. Je pleure. Ma mère arrive.
Ma mère. Elle est chauve. Elle tient à peine debout. Deux infirmiers la soutiennent. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Elle est à peine consciente. Bientôt, elle sera dans le coma.

Un nuage noir m’emporte. Des larmes affleurent.

J’essaie de penser à autre chose, de dévier le cours de mes pensées. Je me force à voir du soleil, un champ, un arbre. Ses branches s’allongent soudain et me happent. Je vais périr étouffer. Je sens la sève s’immiscer dans mon corps. Je deviens végétal. Des feuilles me poussent sur le corps. Mes pieds s’enfoncent dans la terre.
Je secoue la tête. Je me retourne. La tapisserie est toujours là, dans son dessin immuable, un dessin que j’avais tant aimé le jour où je l’ai choisie. Je ferme les yeux pour la centième fois.
Une fosse noire m’attire. Un trou béant m’aspire. Je tombe, je plonge, je m’envole dans l’infini du néant. J’ai le vertige. Je fais face à la vacuité. Je contemple quelque chose de géant et de noir. Car cela n’est pas vide, c’est incroyablement habité. Cela, c’est mon inconscient, ou du moins la manière dont je le vois. Un trou béant, une éponge omnivore et affamée qui récolte tout et n’oublie rien. Un marionnettiste qui me dirige et me manipule, comme un monstre sans corps.

30/11/2002 Atelier d’écriture Papier de Soi.

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